compositeur

 

dans la paix (2014)

pour ensemble vocal féminin et piano à quatre mains

sur des poèmes de René Char

Durée: 10'

Commentaires et vidéo

Création

Genève, le 5 octobre 2014

Ensemble vocal Polhymnia

- Piano: Julie Fortier et Christophe Sturzennegger

- Direction: Franck Marcon

La Luxure

L'aigle voit de plus en plus s'effacer les pistes de la mémoire gelée

L'étendue de solitude rend à peine visible la proie filante

A travers chacune des régions

Où l'on tue où l'on est tué sans contrainte

Proie insensible

Projetée indistinctement

En deçà du désir et au-delà de la mort.

 

Le rêveur embaumé dans sa camisole de force

Entouré d'outils temporaires

Figures aussitôt évanouies que composées

Leur révolution célèbre l'apothéose de la vie déclinante

La disparition progressive des parties léchées

La chute des torrents dans l'opacité des tombeaux

Les sueurs et les malaises annonciateurs du feu central

L'univers enfin de toute sa poitrine athlétique

Nécropole fluviale

Après le déluge des sourciers.

 

Ce fanatique des nuages

A le pouvoir surnaturel

De déplacer sur des distances considérables

Les paysages habituels

De rompre l'harmonie agglomérée

De rendre méconnaissables les lieux funèbres

Au lendemain des meurtres productifs

Sans que la conscience originelle

Se couvre du purificateur glissement de terrain.

("Le Marteau sans Maître")

Les Soleils chanteurs

Les disparitions inexplicables

Les accidents imprévisibles

Les malheurs un peu gros

Les catastrophes de tout ordre

Les cataclysmes qui noient et carbonisent

Le suicide considéré comme un crime

Les dégénérés intraitables

Ceux qui s'entourent la tête d'un tablier de forgeron

Les naïfs de première grandeur

Ceux qui descendent le cercueil de leur mère au fond d'un puits

Les cerveaux incultes

Les cervelles de cuir

Ceux qui hivernent à l'hôpital et que leur linge éclaté enivre encore

La mauve des prisons

L'ortie des prisons

La pariétaire des prisons

Le figuier allaiteur de ruines

Les silencieux incurables

Ceux qui canalisent l'écume du monde souterrain

Les amoureux dans l'extase

Les poètes terrassiers

Les magiciens à l'épi

Règnent température clémente autour des fauves embaumeurs du travail.

("Le Marteau sans Maître")

 

 

Sommaire

L'homme criblé de lésions par les infiltrations considéra son désespoir et le trouva inférieur

Autour de lui les règnes n'arrêtaient pas de s'ennoblir

Comme la délicate construction gicle du solstice de la charrette saute au coeur sans portée

Il pressentit les massifs du dénouement

Et stratège

S'engagea dans le raccourci fascinateur

Qui ne le conduisit nulle part

 

Au terme de la bourbe insociable

Le sphérique des respirations pénétra dans la paix.

("Le Marteau sans Maître")